Votre cheval vous pose une seule question : êtes‑vous digne de confiance ?
Juillet 2026

« Comment faire pour que mon cheval ait confiance en moi ? »
C’est une question que l’on me pose régulièrement. Et pourtant, plutôt que de chercher comment obtenir la confiance de son cheval, je préfère me demander :
Suis‑je quelqu’un en qui mon cheval peut avoir confiance ?
La nuance peut sembler minime. Mais elle change beaucoup de choses. Parce que la confiance n’est pas un exercice à faire, une méthode à appliquer ou une case à cocher. Elle se construit dans nos interactions. Et surtout dans les moments où les choses ne se passent pas comme prévu. Votre cheval ne sait pas que vous avez de bonnes intentions. Il ne sait pas que vous l’aimez. Il ne sait pas que vous avez passé des heures à vous former pour mieux le comprendre.
En revanche, il observe ce que vous faites lorsqu’il ralentit, qu’il hésite, qu’il reste au fond du pré, qu’il se fige ou qu’il accélère.
Et là, une question se pose :
« Lorsque je te montre que je ne suis pas à l’aise… qu’est‑ce que tu fais de cette information ? »
Parce que nous avons parfois très bien vu le signal.
Le problème, c’est que nous avions déjà prévu la suite. Le cours est réservé. La balade est programmée.
Nous avons déjà imaginé notre séance.
Sauf que ce n’est peut‑être pas ce dont notre cheval a besoin,
à l’instant T.

Arabella était une jeune Selle Français de quatre ans qui m’a été confiée pour une réeducation.
Quelques semaines auparavant, elle avait vécu une expérience qui avait profondément modifié son rapport à l’humain. Certaines étapes de sa préparation n’avaient pas été suffisamment construites, notamment tout le travail du côté droit au débourrage.
Un jour, alors qu’une jeune fille la ressanglait de ce côté‑là, Arabella a pris peur. Elle s’est cabrée et s’est retournée sur elle.
Après cet accident, son comportement avait radicalement changé. Elle ne venait plus spontanément au pré.
Les manipulations étaient accompagnées d’une tension permanente.
Et la simple présence d’une selle suffisait à la mettre en alerte.
Le premier jour, je suis donc entrée dans son pré avec une séance
déjà bien construite dans ma tête.
Mais pour Arabella, c’était déjà trop. À peine avais‑je commencé à m’approcher qu’elle s’est éloignée. Pas en courant. Elle gardait simplement une dizaine de mètres entre nous. Elle détournait le regard. Le message était, on ne peut plus clair :
« Aujourd’hui, tu peux rester là‑bas. Merci. »
J’aurais pu continuer. Mettre le licol. Commencer la séance.
Me dire qu’elle finirait bien par comprendre. Après tout, c’était pour son bien. Sauf que son comportement me donnait une information.
Alors j’ai abandonné mon programme. Je me suis assise dans son pré.
Je n’ai rien demandé. Je n’ai pas cherché à la convaincre.
Je suis simplement restée là. À observer.
À devenir une présence qui n’exigeait rien d’elle.
Avec le recul, je crois que c’est précisément ce dont elle avait besoin à ce moment‑là : découvrir qu’un humain pouvait être présent sans avoir systématiquement une demande à lui faire.
Quelques semaines plus tard, cette même jument venait à ma rencontre dans le pré.
Elle recherchait le contact. Elle me suivait en liberté.
Son regard avait changé. Je n’avais pas gagné sa confiance grâce à un exercice. Je l’avais construite à travers une succession de décisions. Aujourd’hui, nous avons accès à une multitude de méthodes, de programmes et d’exercices. Et c’est une excellente chose. Le problème n’est pas la méthode. Le problème commence lorsque la méthode devient plus importante que le cheval qui se trouve devant nous.
Je vois régulièrement des propriétaires vouloir commencer chaque séance de la même façon : obtenir une immobilité parfaite, vérifier les bases, demander une flexion, mobiliser les hanches… Ces apprentissages sont utiles. Je les utilise moi‑même.
Mais imaginons que le cheval qui se trouve devant nous vienne de quitter son troupeau, qu’il soit inquiet et qu’il ait simplement besoin de marcher quelques minutes avant de pouvoir être disponible.
Pourquoi vouloir absolument obtenir son immobilité ? Pourquoi vouloir dérouler notre programme alors que son état nous demande clairement de faire autrement ?
Une conversation ne peut pas être écrite à l’avance.
Avec un cheval, c’est pareil.
Chaque séance devrait commencer par une question :
« Comment vas‑tu aujourd’hui ? »
Et notre rôle est ensuite d’adapter notre réponse à ce qu’il nous montre. Pas de réciter notre programme en espérant que le cheval finisse par s’y adapter.
Je suis convaincue que nos chevaux nous posent, chaque jour, la même question :
« Est‑ce que je peux compter sur toi ? »
Ils ne connaissent pas nos intentions. Ils observent nos décisions.
Lorsque nous ignorons leur inconfort pour poursuivre notre objectif, ils apprennent une chose sur nous.
Lorsque nous adaptons notre manière de faire parce que nous avons entendu ce qu’ils nous exprimaient, ils en apprennent une autre.
Chaque interaction laisse une trace.
Chaque décision participe à construire la relation.
Chaque fois que notre objectif devient plus important que l’état émotionnel de notre cheval, nous lui montrons que notre programme passe avant ce qu’il ressent.
À l’inverse, lorsque nous savons modifier notre plan, ralentir, faire une pause ou renoncer à ce que nous avions prévu parce que notre cheval n’est pas encore prêt, nous lui montrons qu’il peut compter sur nous.
On me demande souvent quels sont les meilleurs exercices pour gagner la confiance d’un cheval.
Je ne pense pas que la confiance se construise grâce à une liste d’exercices.
Elle se construit dans les décisions que nous prenons lorsque notre cheval nous montre que quelque chose ne va pas.
Parce que nos chevaux ne se souviendront peut‑être pas de chaque séance.
En revanche, ils vont apprendre, interaction après interaction, quel humain nous sommes lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. Et peut‑être que la vraie question n’est donc pas :
« Comment faire pour que mon cheval ait confiance en moi ? »
Mais plutôt :
« Lorsque mon cheval me dit qu’il n’est pas prêt, est‑ce qu’il sait que je vais l’écouter ? »
Le prochain chapitre s'écrit avec votre cheval.
Lire permet de changer son regard.
Observer permet de mieux comprendre.
Mais certaines situations méritent un accompagnement personnalisé.
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