
« Dès que j’enlève le licol, il s’en va. »
« Il se déconnecte. »
« Il préfère aller brouter que rester avec moi. »
Ce sont des phrases que j’entends régulièrement lorsqu’on me parle de liberté. Et souvent, la demande qui suit est assez logique :
« Comment faire pour qu’il reste avec moi sans licol ? »
Je ne commencerais pourtant pas par là, parce que si votre cheval part dès que vous retirez le licol, le problème n’est probablement pas le retrait du licol.
La liberté ne crée pas les difficultés de communication. Elle les révèle. Plutôt que de chercher comment empêcher votre cheval de partir, j’aime mieux commencer par une autre question :
« Pourquoi choisirait‑il de rester ? »
Avec une longe, il existe une connexion physique.
Si votre cheval s’éloigne, vous pouvez agir sur la longe.
Modifier sa direction, lui proposer de revenir vers vous, l’empêcher d’aller brouter à l’autre bout de la carrière. En liberté, cette possibilité disparaît. Et c’est ce qui rend la situation intéressante.
Un cheval qui reste avec nous en liberté ne le fait pas simplement parce qu’il connaît les exercices. Il choisit de nous accorder son attention alors que son environnement lui propose d’autres possibilités.
Un cheval fait en permanence des choix en fonction de son environnement, de son état émotionnel, de ses expériences et de ce qu’il a appris.
S’il peut aller brouter tranquillement à dix mètres de vous ou rester à vos côtés pour recevoir une demande qu’il ne comprend pas très bien…
le choix peut être vite fait.
On ne peut pas lui en vouloir de choisir de partir.
À l’inverse, si votre présence est associée à une communication claire, cohérente et compréhensible, votre cheval peut progressivement trouver un intérêt à rester connecté à vous.
Ça ne veut pas dire qu’il choisira toujours de rester. Il peut avoir envie d’aller voir ailleurs, de brouter ou simplement de prendre de la distance.
Le but n’est pas de supprimer ses choix,
Mais de construire une relation dans laquelle il a envie
de choisir notre présence.
C’est probablement là qu’on se trompe le plus souvent : on imagine que la connexion en liberté commence le jour où on retire le licol. Elle commence bien avant.
Lorsque vous entrez dans le pré, votre cheval vient‑il à votre rencontre ? Lorsque vous marchez avec lui, reste‑t-il attentif à votre présence ?
Lorsque son environnement devient intéressant, arrive‑t-il à revenir vers vous ?
Lorsque vous lui demandez de s’arrêter, peut‑il rester immobile sans que vous ayez besoin de tenir la longe ? Toutes ces situations construisent déjà les bases de la liberté.
Lorsque Romagne est entrée dans ma vie, elle ne recherchait absolument pas la présence de l’humain.
Elle arrachait régulièrement la longe. Et dans certaines situations émotionnellement chargées, comme les soins ou l’embarquement dans le van, le comportement devenait encore plus marqué.
Elle pouvait aussi, très simplement, sortir de son pré, arracher la longe et partir à l’autre bout de l’écurie qui s’étendait sur plusieurs hectares.
Autant vous dire que dans ces moments‑là, mes rêves de liberté me paraissaient inaccessibles !
À cette époque, j’étais loin d’imaginer qu’un jour Romagne choisirait de rester à mes côtés sans licol.
J’ai d’abord dû construire notre communication, mais aussi notre relation. Apprendre à mieux la lire. Être plus cohérente dans mes demandes… et dans mes réponses.
Et surtout, lui montrer progressivement que ma présence pouvait devenir un repère agréable pour elle.
Petit à petit, Romagne a commencé à choisir de rester avec moi.
Le jour où elle a commencé à rester librement à mes côtés, je n’ai pas eu l’impression de lui apprendre un nouvel exercice ou de « travailler ».
J’ai surtout vu le résultat de tout ce que nous avions construit ensemble.

Il y a aussi un piège dans lequel on peut facilement tomber : avoir peur que le cheval parte.
Alors on raccourcit la longe. On ferme davantage les doigts.
On intervient au moindre mouvement. On surveille, on anticipe. Et progressivement, la longe ne sert plus vraiment à communiquer, elle sert surtout à empêcher le cheval de prendre une décision.
Si on veut qu’il apprenne à rester avec nous sans contrainte, c’est pourtant ce choix qu’il faut lui laisser.
On ne peut pas apprendre à un cheval à choisir de rester en lui interdisant de partir.
Attention, je ne parle évidemment pas de lâcher son cheval dans une carrière en espérant qu’il comprenne miraculeusement le concept de connexion.
Il faut construire les compétences avant de retirer la longe.
Pour cela, je reviendrais à la base :
Est‑ce que mon cheval comprend réellement mes demandes ? Est‑ce qu’il peut rester attentif lorsque son environnement devient intéressant ?
Est‑ce que je lui laisse suffisamment de place pour réfléchir ?
Est‑ce que ma communication est cohérente ?
Est‑ce que sa présence avec moi est régulièrement associée à des expériences compréhensibles et agréables ? Et surtout :
« Qu’est‑ce qui lui donnerait envie de rester ? »
Parce que je ne veux pas d’un cheval qui reste près de moi uniquement parce qu’il ne peut pas partir.
Je veux un cheval qui pourrait partir… et qui choisit pourtant de rester.
Et c’est là que la liberté prend tout son sens.

Le prochain chapitre s'écrit avec votre cheval.
Lire permet de changer son regard.
Observer permet de comprendre ce que la relation avec votre cheval vous dit.
Mais lorsque votre cheval choisit de s'éloigner dès que la contrainte disparaît, un accompagnement personnalisé peut aider à identifier ce qui manque encore dans votre communication.
Je vous accompagne pour construire, étape par étape, une relation où votre cheval ait envie de rester avec vous — avant même que le licol ne soit enlevé.


